Accéder au contenu
Jeu Rami en Ligne

Chkobba, rami, belote : les parties de cartes qu'on joue en Tunisie

Partie de cartes autour d’une table de café

Parmi les jeux de cartes tunisiens, la chkobba domine : héritière de la scopa italienne, elle utilise un paquet de 40 cartes à la française, sans 8, 9 ni 10. Le rami, la belote et le quarante de roi complètent la liste, chacun avec son propre paquet et son vocabulaire.

La chkobba, jeu le plus populaire de Tunisie

Pour pagat.com, site de référence sur les jeux de société traditionnels, la chkobba est la plus populaire du pays. Elle descend de la scopa, arrivée avec les immigrés italiens ; à propos du nom, le mot italien scopa, le balai, désigne le coup qui vide la table, et l'historien Thierry Depaulis signale la forme « Skouba » dans un article de 1933. Des variantes similaires existent ailleurs en Afrique du Nord, notamment en Algérie : la chkobba appartient à la catégorie des jeux de pêche, où l'on capture des cartes posées sur la table, une famille présente dans le monde entier.

Cette culture du café se partage surtout entre hommes, mais aussi à la maison, en famille, à deux ou à quatre en équipes assises face à face, chacun comptant sur l'aide de son partenaire. La partie se joue en un total fixé d'avance, 11, 21 ou 31 points, et le premier camp à l'atteindre l'emporte ; au café, la manche en 21 revient souvent, avec un score noté parfois à la craie sur un coin de table. Le jeu a suivi en France les immigrés tunisiens de première génération, chez qui il reste très présent.

Un paquet de 40 cartes aux figures dans un ordre particulier

Le paquet compte 40 cartes en quatre couleurs françaises, pique, cœur, carreau et trèfle, de dix valeurs chacune : les 8, 9 et 10 d'un paquet ordinaire sont retirés. De l'as au 7, chaque valeur compte son chiffre ; les figures suivent un ordre propre : la dame vaut 8, le valet 9, le roi 10. Au sujet de ce détail, la valeur des figures sert au calcul des prises, pas au décompte final.

Les paquets vendus dans le pays relèvent historiquement du monopole d'État, longtemps géré par la Régie des monopoles tunisiens, et sont disponibles dans les bureaux de tabac, à côté de modèles de 52 pour le bridge et d'un paquet baptisé « Rami », de 52 cartes et deux jokers. Des jeux souvenirs décorés, fabriqués en Chine, circulent aussi.

Comment se déroule une donne de chkobba ?

Au début de chaque donne, le donneur retourne quatre cartes au centre de la table et en distribue trois à chacun, puis recommence dès que les mains sont vides, jusqu'à épuisement du paquet.

  • À son tour, on pose une carte et on ramasse soit une valeur identique, soit plusieurs valeurs dont la somme l'égale : une dame (8) prend un 5 et un 3.
  • La prise d'une valeur identique passe avant une prise par addition, à condition qu'une telle carte soit sur la table.
  • Un camp qui ne peut rien prendre n'a pas le droit de passer : il pose quand même sa carte, qui rejoint celles du tapis.
  • Vider toute la table en une prise fait une chkobba et rapporte un point ; la pièce gagnante se retourne sur le tas pour être comptée. Dans la règle courante, le dernier coup de la donne n'en fait pas une.
  • Ce qui reste sur la table à la fin revient au dernier camp qui a pris.

La technique consiste à retenir ce qui est déjà sorti : chaque prise peut créer une occasion de balayage pour l'adversaire, et un joueur qui oublie une carte tombée la lui offre souvent. Le calcul des sommes en fait aussi un exercice rapide d'addition mentale, à la portée d'un enfant qui sait compter jusqu'à dix. La question revient souvent de savoir si ce jeu est difficile : ses règles s'apprennent en quelques donnes, sa technique demande bien plus de temps.

Les quatre points de fin de donne

Le décompte attribue quatre points à chaque donne, auxquels s'ajoute un point par balayage. Une égalité sur l'un d'eux s'appelle « baji » : personne ne marque.

NomQui le gagne
KartaLe camp qui a ramassé le plus de cartes, plus de 20 sur 40
DinariLe camp qui a le plus de carreaux, plus de 5 sur 10
BermilaLe camp qui a le plus de 7, puis le plus de 6 en cas d'égalité
Sabaa el hayaLe camp qui a pris le 7 de carreau

Le 7 de carreau est la pièce la plus convoitée : aucune égalité ne peut annuler ce point, et il pèse aussi dans le dinari et la bermila.

Le rami de Tunisie, à deux paquets et quatorze cartes

En Tunisie, ce jeu à combinaisons se pratique avec deux paquets de 52 et leurs jokers ; chacun reçoit en général 14 cartes. L'ouverture demande le plus souvent 51 dans les descriptions locales, parfois 71, et la fin arrive au plafond de pénalités, souvent 500. Une observation rapportée par pagat.com en faisait une activité secondaire des cafés de Tunis, où les dominos dominaient alors. Les combinaisons et le déroulement se lisent avec les règles du rami tunisien.

La belote et le quarante de roi, à 32 cartes

La belote suit en Tunisie le modèle français : 32 cartes, du 7 à l'as dans chaque couleur, quatre participants en deux équipes, un atout et la belote-rebelote, roi et dame d'atout dans la même main, qui rapporte 20. Annonces et barème varient d'un cercle à l'autre, et la version coinchée, avec enchères, a ses adeptes. Ce que l'on appelle parfois « belote tunisienne » recouvre ces usages locaux, dont les informations publiées ne concordent pas toutes, jusqu'au nombre de cartes.

Le quarante de roi, « arbaeene malek », est plus rare. Cette manière de s'affronter à quatre en équipes fixes utilise elle aussi 32 cartes, rangées roi, dame, valet, as, 10, 9, 8, 7, et récompense les figures gagnées dans les plis ou réunies par trois ou quatre en main. Décrit dans des livres français, allemands et tchèques du XIXe siècle et disparu d'Europe, il a refait surface en 2000 : Dudley Ollis, correspondant de pagat.com, l'a observé chez des habitués âgés d'un village situé à une centaine de kilomètres au sud de Tunis.

Le vocabulaire des tables de Tunisie

Ces jeux mêlent l'arabe dialectal, l'italien et le français. Quelques mots reviennent sans cesse :

Chkobba
Le balayage de la table, et par extension le nom du jeu.
Karta
La carte, et le point du plus grand nombre de prises.
Dinari
Le carreau, de l'italien denari, les deniers.
Bermila
La majorité de 7, départagée par les 6.
Haya
Le 7 de carreau, dit sabaa el haya.
Baji
L'égalité, qui laisse le point sans attribution.
Atout
La couleur maîtresse de la belote, mot repris du français.

Ce vocabulaire historique raconte l'histoire du pays et de sa culture : des jeux venus d'Italie et de France, adaptés au café et transmis d'une génération à l'autre, des grands-parents aux enfants. Il existe aussi, au-delà de ces classiques, d'autres jeux de cartes à combinaisons qui utilisent le paquet de 52, de deux à plusieurs participants.

À lire aussi sur Jeu Rami en Ligne

↑